James Cameron se tromperait-il ?

Ce n’est pas un secret pour ceux qui me connaissent, et ça en a saoulé plus d’un, je suis passionné par l’histoire du Titanic. Comme pour beaucoup de passionnés de ma génération, cet intérêt est né en 1998, à peu près à la période où Titanic de James Cameron faisait un tabac, et où par un hasard dont seul le merchandising a le secret, les livres sur le sujet se multipliaient comme les lapins. Le film de Cameron a trouvé son public, et a de bonnes raisons pour cela. Je ne reviendrais pas sur les décors sublimes (et historiquement corrects, ce qui plait au névrosé intégriste que je suis), les costumes d’époque, ou les personnages secondaires et anecdotes de second plan que seul le passionné peut comprendre. Car Cameron a fait un travail de passionné, et ça se sent. Malheureusement pour lui, cela signifie aussi que certains partis pris inexacts sont assez flagrants et gênants à mon goût, car ils contribuent à donner un vision déformée, voir manichéenne de l’histoire, que seules beaucoup de lectures peuvent permettre de réorienter. Je ne m’attarderai donc pas ici sur les erreurs mineures, mais sur trois partis pris récurrents du film qui se trouvent être historiquement faux, ou du moins improuvés. Ce seront l’implication du président de la compagnie, Joseph Bruce Ismay, dans la vitesse prise par le navire cette nuit là, l’enfermement des troisièmes classe au moment de charger les canots de sauvetage, et le suicide du premier officier William Murdoch. Je vais tenter de rendre ces explications accessibles au profane, mais si des précisions devaient s’avérer nécessaires, vous trouverez probablement des réponses sur le Portail Titanic de Wikipédia, dont votre serviteur se trouve être l’un des créateurs.

Commençons donc par J. Bruce Ismay, dont la réputation a certainement été dégradée par le film, bien que le travail ait déjà bien été fait en amont. Le film nous le présente donc sous un jour assez peu favorable : l’homme semble avoir une haute opinion de lui même, est inculte (il n’a jamais lu Freud), s’accorde tout le mérite de la création du Titanic… Sauf qu’Ismay était en fait quelqu’un de très timide et discret. De plus, le président d’une firme internationale aurait eu du mal à être aussi inculte. Un scène le présente demandant au capitaine Smith de faire accélérer le navire dans le but d’arriver plus tôt à New York, ce qui lui permettrait de clore sa carrière par un exploit. Cette scène se fonde sur le témoignage qu’on fait deux passagères à un journal après leur sauvetage, mais ces dernières n’ont pas osé le redonner sous serment devant la commission d’enquête. Ont-elles menti ? Un journal a t-il extrapolé à partir de leur témoignage ? Nous ne le saurons jamais, mais il est peu sérieux de se refferer à ce témoignage. De plus, plusieurs fait viennent défaire cette théorie. Contrairement à l’idée très répandue, il n’était pas question pour Smith de quitter la marine après cette traversée. Certains avançaient même qu’il commanderait le Gigantic, petit frère du Titanic prévu pour 1914. De plus, arriver un jour en avance aurait donné lieu à des procédures complexes, sans parler de la cérémonie prévue pour l’arriver du navire. La seule conversation ayant pu avoir lieu entre les deux hommes au sujet de la vitesse concerne un éventuel essai de vitesse prévu pour le lundi 15 avril dans l’après midi. Le navire ayant coulé le 15 à 2h20, l’essai n’a jamais eu lieu. Ismay n’est donc pas le méchant avare qui voulait faire les gros titres. En revanche, la scène montrant son départ du navire, dans l’un des derniers canots, alors que personne d’autre n’est là pour monter à bord, est fidèle à la réalité.

Le film présente également des passagers de troisième classe tentant de monter vers les canots, bloqués par une gille derrière laquelle des stewards expliquent qu’ils monteront dans les canots quand 1ère et 2e classe seront montés. C’est faux ! Les séparations entre classes étaient une mesure sanitaire rendue obligatoire par les autorités américaines, pour éviter la contagion. En cas de naufrage, ordre était donné d’ouvrir ces séparations. Quant aux fameuses grilles que l’on voit dans le film, rien ne prouve, en photo ou sur l’épave, qu’elles aient été aussi infranchissables, ou même verouillées pour les plus importantes, destinées à indiquer aux passagers qu’ils ne devaient pas y aller. Mais les barrières étaient surtout psychologiques. En temps normal, les passagers de troisième classe étaient les seuls à ne pas avoir accès au pont des embarcations. De fait, lorsque le navire a sombré, ils ne savaient pas comment y monter. Des stewards ont pris en charge des groupes de femmes pour les y emmener, mais d’autres se sont perdus, n’ont pas voulu se séparer, n’ont pas cru/compris l’urgence de la situation, ont pensé qu’ils ne devaient pas aller dans les autres classes… Bref, lorsqu’ils sont arrivés sur le pont, les canots étaient déjà partis.

Enfin, une scène a fait beaucoup de bruit : il s’agit de la mort du premier officier William Murdoch. Dans le film, il tue par balles deux passagers, puis retourne l’arme contre lui. Rien ne prouve cette théorie. Des légendes ont en effet circulé sur la mort d’un officier, mais aucun témoignage cohérent ne permet de le certifier. Certains parlent du capitaine, d’autre d’un officier, certains parlent de coups de feu avant. Mais aucun des témoignages les plus sérieux ne mentionne de détonation de ce type. Aucun corps blessé par balles n’a par ailleurs été retrouvé. Le corps de Murdoch n’ayant pas été découvert, on ne saura jamais ce qui lui est arrivé, mais le suicide est pu probable, l’officier Charles Lightoller l’ayant aperçu peu de temps avant que le navire ne pique du nez et ne le projette à l’eau. Cette scène du film a par ailleurs engendré de vives protestations de la famille de Murdoch, et Cameron a émis des regrets à son sujet.

 


Répondre

tuxouf |
spitik56 |
solidaire maintenant |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | MJJ et DIANA ROSS
| pokerenreseau
| alice et june paradise :