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Lamentations devant la vitesse (Billet de Pierrot le Chroniqueur)

Comme les curieux ont pu le voir sur Twitter, où je m’exprime parfois, j’ai constaté m’être fait griller la priorité dans le « commentaire désabusé sur Wikimania 2012 » par LittleTony87. Non seulement grillé en terme chronologique, mais aussi sur le fond des choses. Alors je profite de sa gentillesse pour laisser un billet-commentaire chez lui.

Le fait est que chaque tenue de Wikimania donne, à peu de choses près, les mêmes conclusions et entraîne les mêmes commentaires. On peut donc en tirer immédiatement un constat : Wikimedia Foundation n’est pas capable de tenir les objectifs qu’elle annonce (simplification + croissance de la réserve de contributeurs + croissance de la taille de Wikipédia (parce que les autres projets n’ont pas l’air de compter trop, hormis Commons), ou du moins pas complètement. C’est à la fois inquiétant et rassurant. Inquiétant, parce que la réactivité n’est pas là et qu’il n’est jamais bon de faire traîner des choses que l’on peut améliorer (le web va vite, même chez les bénévoles, la communauté wikimédienne est vaste et le personnel de la fondation commence à être important). Rassurant, parce que dans le fond, il n’est vraiment pas sûr que le constat soit exact, et surtout que les déductions qui en sont tirées soient justes, et qu’il est parfois judicieux de se hâter lentement. J’en ai assez parlé dans mon blog, LittleTony87 ici-même et d’autres, et pour ma part, j’ai l’impression de me trouver dans la peau d’une Cassandre 2.0 sur certains points.

Il est une point commun que LittleTony87 n’a pas écrit ici, mais qui semble constant dans la vision de Wikipédia qui nous est proposée (voire imposée) : l’inflation. Inflation qui se nourrit d’elle-même, puisque l’amélioration de l’interface (qui n’est vraiment pas un modèle de complexité) doit permette une venue massive de nouveaux contributeurs devant entraîner une augmentation rapide du nombre de fiches. Ces dernières, puisqu’on désire présenter un visage un minimum sérieux, doivent être améliorables par tous, donc il faut améliorer l’interface… Et on entre dans un cercle qu’on pense vertueux. Seulement voilà, ça ressemble beaucoup à un soufflé au fromage. Et quand un soufflé retombe, le plat est raté. De nombreuses personnes, dont je fais partie, prônent au contraire une amélioration constante des contenus (et non pas du nombre), qui nécessite non pas une pléthore de contributeurs, mais des contributeurs capables de produire un travail complexe, celui de construire un véritable article digne d’une encyclopédie (si l’on parle de Wikipédia, bien entendu). Cela nécessite un travail de fond, basé parfois sur des documents non accessibles par voie du net, avec une construction d’un texte articulé correctement (tout ça sans parler de la neutralité si chère à Wikipédia) : celui d’un rédacteur, qui est tout à fait différent de celui d’utiliser la fonction publipostage d’Excel (fort pratique dans d’autres cadres, je le reconnais). Voilà, le mot est lâché. Poursuivons : le rédacteur est la pierre angulaire de Wikipédia, comme le photographe est quasiment indispensable à Commons (oui, parce que Commons, ce n’est pas que des photos, et incidemment, le problème de l’inflation se pose sérieusement aussi là-bas). Cependant, le mot rédacteur n’est pas, à l’heure actuelle, synonyme avec le mot contributeur : je serais curieux, puisqu’on en parle, de connaître la proportion entre le nombre de rédacteurs et celui de contributeurs…

Imaginons une petite expérience.
Imaginons que pour une durée de temps réduite (une semaine, un mois), il existe un certain nombre de restrictions sur Wikipédia :

  • plus de création de pages, ni de suppression (pas de jaloux).
  • plus d’accès aux pages méta.
  • plus de possibilité d’éditions automatisées ou semi-automatisées.

Cela fait trois conditions simples. Si l’on rajoute une application rigoureuse (et non pas à la provenance ou au statut) de la vérifiabilité et du sourçage, il devient alors virtuellement difficile pour le contributeur qui ne vient là que par désœuvrement de faire autre chose que ce pour quoi il est censé s’être inscrit. Est-ce que l’on atteindra facilement quatre millions de pages ? Sûrement pas. Par contre, un questionnement salutaire sur l’existence de dizaine de milliers d’autres pourrait se poser de manière dépassionnée (ou du moins, plus dépassionnée, le rédacteur revenant au centre de Wikipédia).
Au reste, j’imagine déjà les contre-arguments, qui se termineraient par la conclusion implacable : « tu veux tuer Wikipédia ! ». Je vais d’ores et déjà y répondre (en plus des réponses de bon sens faites par différents contributeurs et blogueurs wikipédiens) : non, Wikimania n’est pas la représentation de la diversité des Wikipédiens. Non, la parole de Jimmy Wales ne vaut pas ordre divin. Non, les chapitres locaux ne sont pas l’expression de la communauté des wikipédiens ou wikimédiens au niveau local. Non, je suis moins démagogique dans mes constats et propositions que le choix qui est fait d’une construction quasiment pyramidale d’une encyclopédie. Non, je ne pense pas, et c’est facilement vérifiable, que toute information se confonde avec de la connaissance, et que toutes les connaissances sont d’importances équivalentes : donc non, tous les contributeurs ne se valent pas, ni les contributions.
C’est en considérant ces aspects que je suis arrivé à proposer ici cette petite expérience. Qui pourrait être tentée, ce qui serait plus raisonnable (et sans doute plus profitable) qu’un blocage pour défendre un argument politique quelconque.

Je reprendrais presque la conclusion de LittleTony87 : « En l’état, il semble que les « penseurs Wikimédiens » considèrent l’hémorragie comme inéluctable, et préfèrent chercher du sang neuf plutôt que de panser la blessure ». Sauf que le réservoir de sang neuf n’est pas inépuisable (pour plein de raisons)… Ce qui a été oublié, semble-t-il.

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