N’ayons pas peur des contestations !

Et de deux ! Après Moez en janvier, c’est donc à Lgd de passer par la case confirmation du statut d’admin, mais d’une façon originale puisque c’est lui-même qui l’a initialisée suite à deux contestations purement trollesques. Habile coup pour gagner une provisoire immunité disent les uns ; honnêteté disent les autres… et à vrai dire cela n’a pas grande importance, comme je vais l’expliquer par la suite. Les deux contestations se différencient également par des aspects que je compte détailler ici, mais il y a un point commun : les doutes de certains à l’égard de la procédure et de ses possibles dérives.

 

Etude comparée

En janvier, Moez est l’objet d’un vote de contestation suite à 6 remarques déposées sur sa page de contestation. Un vote en découle, plutôt favorable au départ. Le balai de Moez semble même sauvé. Puis viennent un pétage de plombs sur le BA et un rameutage mal venu qui poussent certains à changer leur vote. On peut assez facilement, donc, en déduire que, sans ces actions malvenues, Moez aurait été réélu.

À l’inverse, Lgd a lancé lui-même son vote de confirmation avant d’avoir recueilli toutes les contestations requises ; cela, ajouté aux motifs clairement ridicules donnés par les deux contestataires, a bien évidemment joué à sa faveur ; de même que des réactions plus modérées aux remarques (justifiées ou non, là n’est pas la question), lui assurent de façon quasi-certaine une confirmation qu’il n’aurait probablement pas eue s’il avait claqué la porte ou attaqué brusquement ses opposants.

La simple déduction (évidente au demeurant) découlant de cette comparaison est que tout admin soumis à cette épreuve a tout intérêt à ne pas faire de vagues durant le vote de contestation et à tenir compte des remarques qui lui sont faites.

 

La contestation, un danger ?

De fait, les craintes exprimées à l’égard d’une contestation sont loin d’être fondées. Tout d’abord, les admins actifs et de grande qualité qui craignaient en être les victimes en premier lieu sont, pour l’instant, épargnés : clairement, les vandales et autres créateurs de pages promotionnelles déçus ne trouvent pas le chemin des contestation, et c’est tant mieux.

Mais qu’en est-il d’une crainte, encore exprimée aujourd’hui, que les contestations soient principalement le fait d’utilisateurs rancuniers et ou claniques ? C’est oublier que les contestations ne donnent lieu à rien d’autre qu’un vote de confirmation. Comme le prouve le vote de confirmation de Lgd, quand le motif de contestation est idiot, les votants ne suivent pas. Le principal danger de la contestation vient du contesté lui-même, qui n’a clairement pas intérêt à se laisser dépasser par son caractère. Après tout, s’il prend mal le fait d’être contesté et les remarques négatives, c’est son problème, pas celui du contestataire ou de la procédure. D’autant que, sur Wikipédia, tout contributeur voit un jour où l’autre son travail contesté, reçoit des remarques et suggestions, ou oppositions. A chacun de savoir modérer son ego.

Enfin, craindre le vote de confirmation, c’est ne pas tenir compte de ce que j’appellerai les « pour par défaut ». Dans tout vote, une frange vote pour voter, sans même lire les motifs du vote. Combien de votants à une élection admin votent sans même lire les motivations ? Combien votent pour un AdQ sans l’avoir lu ? Peu, en revanche, de ces votants-là, votent contre, à moins que le vote ne concerne un de leurs ennemis. Dans le cas de la contestation, il est évident que, sans même qu’il y ait besoin d’un rameutage, une frange de la communauté sera toujours là pour voter « pour » sans lire les motivations de la contestation, que ce soit pour le plaisir de voter, ou pour ne pas se faire d’ennemis. Car, dans le cas du vote AdQ comme dans celui de la contestation, lire tout ce qu’il faut lire pour bien maîtriser le sujet avant de voter prend du temps ; et tout le monde ne veut pas le prendre, ce temps.

Aussi, finalement, il est peu risqué de subir une contestation à condition de savoir garder son calme, ce qui n’est, certes, pas une mince affaire. Ne dramatisons donc pas ce procédé qui est un moyen comme un autre de faire comprendre à quelqu’un qu’il y a un souci dans ses démarches, et qui est somme toute moins douloureux qu’un passage au CAr. Le contesté risque, au pire, de prouver qu’il a mauvais caractère…

Articles récents

Drôle d’histoire

Il y a longtemps dans un pays lointain, un brave gars se réveilla avec une idée. Établir un culte de la connaissance ; pour que tous ceux qui le suivraient participent à la construction d’un gigantesque recueil de savoirs humains accessibles à tous. Belle idée qu’il s’en alla prêcher dans la nature. Son message, très simple au départ, fut reçu par quelques uns qui décidèrent de devenir ses apôtres et, ensemble, ils commencèrent à travailler à leur grande œuvre. Le temps passant, ce petit groupe grandit, se propagea dans diverses contrées, et trouva un écho.

C’était alors très sympa : tout en respectant les principes des textes sacrés (au nombre de cinq, chiffre hautement symbolique choisi par le Maître), les fidèles œuvraient dans la bonne humeur. Tout était à faire, alors chacun pouvait écrire les banalités que tout le monde connaît sur tout sujet, afin de poser les bases de l’édifice : « la France est un pays » ; « l’histoire, c’est ce qui s’est passé avant », « la pluie c’est de l’eau qui tombe du ciel », etc. Bon, bien entendu, du fait de leur relative incompétence dans certains sujets, nos scribes faisaient parfois… souvent… des erreurs, mais ce n’était pas grave : quelqu’un de plus compétant réparerait bien tout ça un jour. En plus, la bibliothèque était alors petite, les bibliothécaires peu nombreux, et il était facile de résoudre les problèmes.

Au fil des années, les livres s’accumulèrent. Parfois, seule la page de garde était écrite, espérant que quelqu’un terminerait le volume ; puis l’ouvrage prenait la poussière à jamais (il faut dire que peu de gens avaient assez d’informations pour écrire un livre sur chaque ruelle de Teotihuacan). Certains scribes facétieux avaient d’ailleurs à coeur de produire un maximum de ces livres vierges, faisant ainsi croire à une immense production littéraire (un peu comme beaucoup d’auteurs d’aujourd’hui, qui vous refilent un ouvrage vide de sens par an, là où d’autres plus prestigieux ont passé des décennies à fignoler une oeuvre devenue un classique)… Mais ils étaient sympas et faisaient de bonnes blagues à la cantine, alors tout le monde était content.

 

Moines au travail (tapisserie de Bailleux)
Aux origines, les fidèles écrivaient et consignaient des savoirs… après, ça c’est un peu compliqué

Petit à petit, aussi, un clergé se formait. Aimant la démocratie, le Maître avait décidé qu’ils seraient désignés par tous ; choix audacieux ouvrant la porte aux « je vote pour lui car son nom est rigolo » ; ou « Georgus n’a pas assez la foi pour devenir prêtre : la preuve, je ne l’aime pas ». Bien entendu, le Maître avait insisté : nul prêtre ne devait user de ses pouvoirs pour son propre bénéfice ; mais dans les faits, chacun faisait un peu comme il voulait ; et si quelqu’un criait trop, on l’excommuniait. Exceptionnellement, si le prêtre devenait trop gênant, on le poussait vers la sortie.

A propos d’excommunication, justement, la pratique se répandait. Il faut dire que nombre d’incultes envahissaient le scriptorium pour y écrire des insanités ou castagner les scribes. Ces engeances étaient donc gentiment repoussés vers la sortie, et certains avaient même monté, avec peu de succès il est vrai, des cultes concurrents ou des entreprises pour mettre le feu à l’abbaye. Et surtout, en son cœur même, les courants germaient pour savoir qui avait compris la Vraie Parole du Maître. Fallait-il ou non garder des livres sur les sujets les plus anecdotiques ? La quantité de livres dans la bibliothèque devait-elle faire oublier leur qualité ? Ceux qui partaient prêcher la bonne parole sur les routes du pays le faisaient-ils de la bonne façon ? Les propos du Maître étaient tellement flous que les prêtres peinaient à savoir que dire, et se taisaient, la crainte de l’accusation d’hérésie aidant.

D’autant que, dans un désir d’encadrement, beaucoup de fidèles avaient réussi à établir des règles de vies extrapolées des textes sacrés, ou même de leur propre pratique. Règles qui, parfois, se contredisaient, et que tout le monde ignorait dans certains cas… Après tout, le Maître lui même n’avait-il pas tenu un propos sybillin : le célèbre trigramme NHP, que les sages interprétaient plus ou moins comme « faites ce que vous voulez au final, et n’écoutez pas même mes autres déclarations, on s’en fout, c’est la fête du string. » Malgré cela, une institution inquisitoriale avait été mise en place et se chargeait de juger les hérétiques. Malheureusement, disait-on, certains pratiquaient l’ordalie de façon déplacée et biaisée, ce qui faisait que ceux qui, à l’origine, devaient raffermir le sentiment d’unité, se retrouvaient à faire empirer la situation. Bien entendu, des oppositions à l’Inquisition naissaient, mais les amis des inquisiteurs finissaient par dénoncer comme hérétiques les opposants, ce qui mettait fin au problème. Plusieurs grandes figures de l’opposition passèrent ainsi au bûcher, et certaines, même, réussirent à y survivre plusieurs fois, à la stuppeur et au désespoir des bourreaux.

"Alors, t'es toujours anti CAr ?"
« Meurs, hérétique ! »

Certains avaient également des idées pour le moins incohérentes. Fidèles au grand principe selon lequel leur culte ne devait faire aucune promotion ; ils avaient refusé d’afficher des publicités dans les couloirs de l’abbaye, et préféraient faire une quête relayée par de nombreux hérauts auprès de tous les lecteurs, chaque dimanche. Parti pris totalement défendable, mais les mêmes proposaient également que l’on affiche en grand dans ces mêmes couloirs des placards politiques dénonçant tout ce qui semblait plus ou moins vaguement risquer d’indisposer le culte, ce qui, si on y réfléchit bien, pouvait couvrir pas mal de choses. A ceux qui soulignaient la contradiction de leur démarche, ils répondaient qu’ils n’avaient rien compris, qu’adhérer au culte et rédiger les ouvrages pieux était en soi un geste politique, et qu’il fallait vraiment être idiot pour ne rien en avoir vu avant.

Au final, le réfectoire et les salles attenantes étaient pleines de moines et fidèles débattant ardemment, pendant que les prêtres usaient de leur pouvoir pour crier plus fort que tout le monde, faire taire certains, et se taper dessus. Les schismes se multipliaient, et les cranes tonsurés recevaient bien souvent des coups de massue. Le scriptorium restait désespérément vide, ou presque. Parfois, un nouveau poussait la porte et s’attelait à l’écriture… Mais les bruits de bataille venant d’à côté finissaient tôt ou tard par le faire fuir… ou le pousser à prendre parti. Parfois même, il arrivait qu’un scribe énervé renverse son encrier sur des livres ayant l’heur de ne pas lui plaire. Les prêtres, normalement gardiens des saints écrits, reniaient alors parfois leur foi en le défendant. Salir les livres de la bibliothèque qu’on a juré de construire n’était pas bien grave. Certains refusaient que l’on excommunie le pyromane de l’aile ouest parce que, jadis, il avait repeint le plafond de l’aile est ; mais oubliaient bien vite que celui qui avait cassé le carreau de la fenêtre du scriptorium, et qu’ils avaient fait pendre sur le champ, avait jadis entièrement rénové le réfectoire de fond en comble.

Au final, cette bibliothèque était en piteux état. Couvertures arrachées et livres partiellement écrits jonchaient le sol. Des étagères regorgaient de volumes ne cachant en général qu’une seule page, pas toujours intéressante. Certains moines s’entredéchiraient pour savoir ce qu’il fallait dire dans des livres plus volumineux, et plus lus. Quand aux vrais gardiens de la connaissance, ils se moquaient de cette bibliothèque à la qualité médiocre, qui se battait pour du chiffre. Malgré tout, prêcheurs, prêtres et scribes continuaient à se persuader que tout allait bien. Malheureusement, nombre de scribes jetaient l’éponge, d’autres étaient exilés, à tort ou à raison, certains s’immolaient au milieu d’un tas de livres pour partir en beauté, et le climat devenait irrespirable dans l’abbaye, tant les boules puantes s’y répandaient. Malgré ce que clamait la propagande des missionnaires, le nombre de scribes était en chute libre, de même que la qualité.

Le plus gros formatage de disque dur de l'Histoire.
Remarquez, un feu de bibliothèque, c’est joli…

Les sources ne disent malheureusement rien de ce qui se passa après pour ce culte. Un réformateur permit-il de lui redonner une nouvelle jeunesse en éliminant ce qui n’allait pas ? Un schisme permit-il de créer plusieurs cultes plus en accord avec les principes de leurs fidèles respectifs ? Les fidèles continuèrent il à se battre jusqu’à ce que l’abbaye soit totalement rasée ? Tous ceux qui pourraient le dire ne sont plus. Après tout, cette histoire, pour peu qu’elle puisse être vraie, s’est passée il y a très longtemps ; et rien de tel ne pourrait se produire de nos jours. Quoique…


Triste spirale

Il était une fois un projet d’encyclopédie. Lorsque je l’ai découvert, il y a de cela bientôt trois ans, j’ai été séduit par son idéal : donner le savoir à tous, écrire quelque chose de neutre, nuancé, qui ne prenne position pour personne, pour rien, faire une somme des savoirs humains sans chercher à porter de jugement. Ce projet, c’était Wikipédia. Une encyclopédie où tout le monde doit pouvoir contribuer main dans la main ; du communiste au militant FN ; du Musulman au Juif en passant par le Bouddhiste et même, s’il le veut, le Pastafarien. Une encyclopédie qui accorde la même importance à TF1 et Arte ; une encyclopédie qui ne prend pas position entre Sarkozy et Hollande. Une encyclopédie qui explique les choses sans forcer le lecteur à prendre position. Une encyclopédie neutre. Cette neutralité est une base, justement pour que la cohésion entre ses contributeurs se maintienne. Oh, bien sûr, il y aura toujours des POV pushers, mais en général, on s’en sortait pas trop mal, à force de débats et d’explication, on remettait dans le droit chemin les bonnes volontés, et on virait les propagandistes.

Contrairement à ce que l’on nous dit aujourd’hui, cette neutralité ne s’appliquait pas qu’au contenu. Je me souviens que chaque fin d’année, quand les feuilles tombent et que les familles se rassemblent au coin du feu, Saint Jimbo nous apparaissait en haut des pages. Nous clamant que « Wikipedia needs you ». Nous demandant des sous. Pourquoi ? Pour continuer à vivre sans pub. Noble engagement car, comme on nous disait à l’époque, comment Wikipédia resterait elle crédible avec des bannières publicitaires ? Comment pourrait-elle, d’une part, faire un article neutre sur une entreprise, et de l’autre nous afficher une pub pour sa dernière création ? Ce motif de don était logique, mais a bien perdu de sa superbe.

Et puis est venu ce fameux jour où WP:it a décidé de lutter contre une loi (au demeurant tout a fait odieuse) envisagée par le Parlement italien. Ce jour là, Wikipédia est entrée de plein pied dans le lobbyisme politique. Ce jour là, elle a pris conscience de sa force en politique. Mon opinion politique me pousse à soutenir cet engagement contre une loi à laquelle je serais foncièrement opposé si elle apparaissait en France. Mais mon adhésion à l’idéal Wikipédien, de voir bosser ensemble des gens aux positions différentes, est contre. Cet idéal de neutralité est, en théorie, le ciment qui lie les Wikipédiens. Prendre position contre quelque chose, c’est dire à tous les Wikipédiens qui pourraient être pour celle-ci qu’on ne veut pas d’eux. Mais cela n’est guère important.

Et puis vient le moment où Saint Jimbo (celui de là-haut, oui), contacte un lobbyiste américain parce que franchement, le projet SOPA du gouvernement, ça pue (et sur ce dernier point, il a bien raison). Et tout s’enchaîne, et Wikipédia en anglais décide aujourd’hui de se mettre en blackout. Quiconque se connecte dessus voit donc cela :

Triste spirale dans Râlages obligés d'un Wikipédien assidu Wikipedia_Blackout_Screen
Quand Wikipédia devient un tract…

Wikipédia est remplacée par un gigantesque tract politique, et certains osent me dire, sans sourire, que cela n’altère pas son contenu. À l’heure actuelle, le CONTENU de Wikipédia en anglais est, et pour 24 heures, remplacé par un tract politique. Ceci, quelle que soit la teneur du tract en question, va à l’encontre du principe de neutralité de Wikipédia. Mais quid de la Wikipédia en français ? On se décide, hier soir à 18 heures, à lancer un vote à la va vite sur le bistro pour ajouter une bannière anti-SOPA pour la journée. 24 heures plus tard, 58 personnes en tout se sont prononcées, sur les 15 000 contributeurs actifs que dit contenir l’encyclopédie. Sur WP;en, la décision du blackout n’a pas impliqué plus de 1000 personnes au total. Pour une décision qui impacte toute la communauté, c’est peu. D’autant que sur Fr, les avis sont très partagés, avec, hier une légère majorité d’opposition à la bannière.

Quel sera l’impact de cet événement ? Il est double. Premièrement, j’aurai du mal à ne pas avoir honte la prochaine fois que je tomberai sur un POV pusher, qui sera ici en moyen de me répondre « mais vous le faites bien, vous ! » J’aurai honte la prochaine fois qu’une de mes connaissances donnera à Wikipédia, séduit par le discours de neutralité face à la pub. J’aurai honte si la Fondation Wikimedia utilise ce que j’ai fait sur Wikipédia pour défendre des idées auxquelles je suis opposé (et elle en a, comme le précise Ludo ici, parfaitement le droit). J’aurai honte quand, la prochaine fois, Wikipédia s’engagera à nouveau. J’aurai honte, enfin, de l’article de Wikipédia sur la SOPA, à jamais sali du sceau de la non-neutralité : comment peut-on s’engager contre une loi, et faire croire qu’on a écrit un article neutre à son sujet ?

Une majorité se manipule facilement. Peu, ou pas, d’internautes peuvent soutenir la SOPA. Lancer une initiative contre elle est accueilli d’une volée de roses. Quel que soit le sujet, pour peu qu’il soit assez consensuel, Wikipédia peut désormais chercher à le promouvoir. Wikipédia n’est plus une encyclopédie, c’est un outil de propagande politique. Cela me déprime. Viendra le jour où Wikipédia défendra une position qui choquera une partie de ses contributeurs. Qu’en sera-t-il alors ? Seront-ils guidés vers la sortie ? Wikipédia pourra-t-elle toujours prétendre à la neutralité ?

On me dit que participer à Wikipédia est, en soi, un engagement politique. C’est faux. La culture n’est le monopole d’aucun parti, d’aucune religion, d’aucune idéologie. On trouve sur Wikipédia des contributeurs de tout le spectre politique, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, rassemblés par l’idéal d’une encyclopédie neutre. Il serait impossible de tous les réunir derrière un engagement politique. Les Wikipédiens s’engagent pour la propagation de la culture. Cet engagement est à peu près aussi profond que lorsqu’une miss France demande la paix dans le monde : aucun parti politique ne pourrait le contredire. Le seul engagement politique de Wikipédia a débuté chez nos amis italiens, et depuis, comme dirait l’autre, la boite de Pandore est ouverte.

Je suis LittleTony87. Je suis radicalement opposé à la SOPA, mais je le suis encore plus à la politisation de Wikipédia. Autant dire que je suis mal barré.


Si Wikipédia avait existé en 1912 ?

Pour quelqu’un qui « baigne » dans le naufrage du Titanic depuis plus de dix ans et a passé beaucoup d’heures à étudier les faits et leur interprétation par les contemporains, le naufrage du Costa Concordia donne une très étrange impression de déjà vu. En 1912 comme en 2012, le naufrage a immédiatement poussé l’opinion à s’indigner sur les conditions de sécurité en mer. Dans les deux cas, le comportement et l’organisation des secours ont été mis en cause par les rescapés. Dans les deux cas, le naufrage résulte vraisemblablement d’un excès de confiance de l’équipage et donc de manquements purement humains. Dans les deux cas, on en invoque rapidement aux « malédictions » en nous rappelant que, dans un cas, le navire n’a pas été baptisé, dans l’autre, que la bouteille ne s’est pas cassée. Et enfin, dans les deux cas, les médias se ruent sur l’histoire qu’ils battent en brèche sans aucun recul, enchaînent les rumeurs, lancent des anathèmes sur certains acteurs du drame, prennent des témoignages sans les mettre en perspectives et, parfois, sans vérifier qu’ils sont authentiques… Bref, le monde n’a finalement pas tant changé que ça en cent ans.

Pourtant, une différence de taille réside entre les deux événements. Dans le cas du Costa Concordia… Wikipédia est là pour nous raconter l’histoire. Ayant mis en place il y a quelques années le projet Paquebots de l’encyclopédie, j’ai a peu près tous les articles de ces navires en suivi, ce qui m’a permis d’assister à l’évolution de la situation. L’historique de l’article est révélateur : sur environ 300 modifications en tout, près de 250 ont été faites après le naufrage, pour un navire existant depuis 2005. Et on ne peut pas dire que la qualité en découle puisque ces 250 modifs ont apporté un total de 10 000 octets, se résumant finalement à un fil d’actu en continu. Où est le mal me direz-vous ? J’y viens. Imaginons, un instant, que nous sommes en 1912, et que, alors que le Titanic vient de sombrer, Wikipédia est déjà là pour rapporter ce qui se dit dans la presse, en temps réel. Vous pourrez ensuite comparer avec le tableau que l’on dresse du naufrage en 2012, la différence est édifiante.

Si Wikipédia avait existé en 1912 ? dans Casses-têtes wikipédiens Collision_of_Costa_Concordia_11
Une impression de déjà vu…

31 mai 1911

Pour le lancement du Titanic, plus gros paquebot du monde, son article Wikipédia est ébauché. Sa taille et sa médiatisation suffisent à le faire rentrer dans les critères d’admissibilité, et l’article consacre une part importante à ce lancement, cérémonial important où assiste une bonne part du gotha du monde de la marine et des affaires, notamment le riche magnat J.P. Morgan, excusez du peu. La presse est particulièrement loquace sur le sujet, et la place de ce sujet dans l’article s’en ressent bien évidemment. Un communiqué de presse de la White Star Line relayé par les journaux permet d’annoncer que la traversée inaugurale aura lieu le 20 mars 1912.

 

Automne 1911

Suite à un incident entre l’Olympic (jumeau du Titanic) et le croiseur HMS Hawke dans le port de Southampton, les travaux sur le Titanic sont légèrement reportés. Sa traversée inaugurale est repoussée au 10 avril. Une IP bienveillante précise la chose sur l’article, que plus personne n’a en suivi, le buzz du lancement étant passé.

 

10 avril 1912

Le Titanic quitte Southampton avec à son bord nombre de grands noms de la finance, de la politique, du secteur des arts et littérature. Conflit d’édit sur l’article pour rajouter un maximum de ces grands noms qui font les unes de nombreux journaux. Au moment du départ, le paquebot manque de heurter un navire à quai dont les amarres ont rompu. Dès que la nouvelle est annoncée par la presse, un POV pusher se rend sur l’article pour démontrer que « le Titanic est maudit car il est une offense à Dieu ». La guerre se poursuit en page de discussion, jusqu’à blocage de l’intéressé.

 

15 avril, tôt dans la nuit

New York reçoit les premiers échos de messages de l’Olympic, non loin des lieux du drame, qui annonce que le Titanic a heurté un iceberg, fait eau, et que des navires viennent à son secours. Le message précise également qu’il n’y a plus de signaux émis par le Titanic depuis quelques heures. Rapidement, la presse rapporte que le paquebot est remorqué jusqu’à Halifax et que tous les passagers se portent bien. Wikipédia s’en fait l’écho. Le New York Times, sentant que quelque chose d’étrange s’est produit, annonce que le navire a coulé. Une IP tente de rajouter l’info et sa source sur l’article, pour apporter les différents points de vue. Il est réverté pour « fait anecdotique ».

St%C3%B6wer_Titanic dans Casses-têtes wikipédiens
Oui, pile pour le centenaire dites donc !

15 avril, 18 heures

Philip Franklin, vice-président de la White Star Line, reçoit un message de Joseph Bruce Ismay, président, et rescapé du naufrage, confirmant que le Titanic a disparu avec 1500 personnes à son bord. Une annonce officielle suit. Conflit d’édit sur Wikipédia pour savoir si, oui ou non, le Titanic a coulé. La nouvelle étant reprise de façon unanime dans la presse le lendemain, un consensus est atteint.

 

16 – 18 avril

New York reçoit peu à peu des listes de rescapés erronées, incomplètes et contradictoires. Sur Wikipédia, les articles des différentes personnalités présentes à bord font l’objet de conflits d’édit pour savoir si ces gens sont morts ou vivants. La presse n’étant pas d’accord sur certains, bandeaux et semi-protections affluent. L’article est enrichi d’une section « réactions internationales » où sont recopiées les condoléances des différents chefs d’état, source à l’appui.

 

18 avril

Les rescapés arrivent à New York à bord du Carpathia. C’est une véritable ruée de la presse sur les témoignages, pris à la va-vite, et parfois totalement inventés. Wikipédia s’en fait l’écho. Il est ainsi rapidement avéré que la proue du Titanic a été totalement broyée par l’iceberg, que les chaudières explosaient dans tous les sens, et que le commandant s’est suicidé en hurlant « ma chance m’a quitté » sous l’œil médusé des naufragés. Une ligne est ajoutée pour indiquer qu’une commission d’enquête menée par le Sénat américain débutera le lendemain.

 

19 avril

Suite à l’opération de lynchage médiatique à laquelle se livre William Randolph Hearst, Bruce Ismay, renommé pour l’occasion « Brute Ismay » est accusé d’avoir fait sciemment accélérer le navire dans la zone des glaces, et d’avoir sauté dans le premier canot venu. Son article est protégé en écriture suite à une guerre d’édition. Un article « affaire Joseph Bruce Ismay » est créé, passé en PàS et conservé par une écrasante majorité : le sujet est notoire car rapporté par toute la presse du moment. Après les sessions de la commission d’enquête, quelques phrases portant sur sa défense sont ajoutées. Un POV pusher tente de rajouter une section à l’article Guglielmo Marconi concernant le salaire de ses employés, évoqué durant le témoignage de ce dernier.

 

23/24 avril

Il est de plus en plus avéré qu’un navire se trouvait près du Titanic et n’a pas répondu aux appels. Les capitaines Moore et Lord, du Mount Temple et du Californian sont accusés par des témoignages plus ou moins fiables de leurs membres d’équipages. Leurs articles sont créés et deviennent une revue de presse de leurs déclarations.

 

25 avril

Un marin rescapé déclare que tout l’équipage du Titanic était sous l’emprise de l’alcool au moment du drame, qu’il a dû se ruer dans le nid-de-pie pour signaler lui même l’iceberg, avant de filer faire virer le paquebot lui-même. Sidéré par ce témoignage, le sénateur Smith le fait convoquer devant la commission. Wikipédia consacre un article à ce héros et à la polémique, rapidement passé en PàS. Le débat aboutit finalement sur une conservation assez discutée, et blocages à la clé. On apprend quelques jours plus tard que l’homme était un imposteur qui a fui la commission d’enquête après avoir reculé sur certaines de ses déclarations. Un contributeur repropose immédiatement en PàS et est accusé de WP:POINT. Il est bloqué deux semaines, et l’article reste conservé car symbolique d’un fort intérêt médiatique. Oublié de tous, il sombre dans les limbes de Wikipédia.

 

Début juin 1912

La commission d’enquête menée en mai au Royaume-Uni conclut que le Titanic naviguait trop vite, n’avait pas assez de canot, et accuse Stanley Lord, capitaine du Californian, de ne rien avoir fait pour sauver plus de vies. Il est avéré que le Titanic a été victime d’une grande brèche continue sur ses six compartiments avant, et a coulé en un seul morceau. La commission compte environ 850 rescapés. Ces conclusions sont reprises dans l’article par les quelques contributeurs qui le suivent encore après le buzz. Dans les temps qui suivent, chaque commémoration ou hommage est l’objet d’une mention dans l’article.

 

Épilogue…

100 ans après, il apparaît que le Titanic a été victime de plusieurs petites brèches séparées, qu’il a coulé après s’être brisé en deux, que le Californian était trop loin pour intervenir, et que les rescapés ne sont que 700 et quelques. L’article doit donc être repris de fond en comble, sourcé avec des ouvrages, rééquilibré, pour avoir une tête décente. La question étant : une fois qu’un article n’est plus qu’un magma de strates d’information accumulées avec le temps, est-il possible de le rerédiger avec recul, ou faut-il tout défaire pour le refaire convenablement ? La question est également de savoir combien de temps doit s’écouler pour qu’un sujet puisse être traité sans cet effet de couches. Alors, à quoi ressemblera le Costa Concordia dans 100 ans ? Le commandant sera t-il toujours considéré comme un lâche ? Les causes du naufrage seront-elle toujours celles identifiées actuellement ? Les témoignages toujours jugés fiables ? Rendez-vous en 2112 !

 

Et pour les curieux

La source qui fait à peu près l’unanimité chez les passionnés de marine concernant le naufrage du Costa Concordia est Mer et Marine, qui rapporte globalement les déclarations les plus sérieuses. Mais toute étude de l’affaire « à chaud » comportera fatalement des erreurs de jugement. Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur le Titanic, mon autre blog détaille les meilleurs sources, web et livres.


Les nouveaux maîtres du chaos

Kõan (et ce billet ne fera certainement qu’approfondir son opinion, même s’il ne lit pas les blogs, mais sait tout ce qui s’y dit) considère que X86 (un certain Coyote) et Y87 (votre serviteur) sont les « nouveaux maîtres du chaos » sur Wikipédia¹. C’est la vérité, à n’en point douter :

- c’est nous qui avons attaqué à tout va durant un vote de contestation en trainant dans la boue tout avis opposé au notre

- c’est nous qui avons lancé un trollesque débat sur les fréquentations IRL d’un candidat admin

- c’est nous qui avons assailli en groupe un autre candidat admin parce qu’il vote mal, tout en prenant soin d’accuser d’attaque en meute les votants opposés sur un autre vote

- c’est également nous qui avons lancé un conflit d’édit sur le BA menant à (et c’est, je pense, historique), sa protection

- c’est enfin nous qui avons tenté de remuer les braises en cherchant à faire appliquer une décision d’arbitrage histoire de poser des soucis supplémentaires ; et qui avons cherché à réveiller le débat quelques heures après sa conclusion parce que le résultat ne nous convenait pas

Kõan, tout est donc prêt. Tu as ici assez de diffs pour monter ma contestation, dont je t’indique la page. Tu as toutes les preuves que je suis le maître du chaos qui détruit Wikipédia (je rajoute d’ailleurs une preuve de mes terribles exactions d’hier). Tu n’as plus qu’à t’amuser. (EDIT : à sa demande, je rajoute aussi celle du Vil Coyote, des fois que…)

Cher lecteur, ce billet est un trollage totalement non neutre, totalement désabusé (mais c’est la mode aujourd’hui) faisant suite à un véritable Pearl Harbour de la communauté Wikipédienne ce 10 janvier 2012. Vous n’êtes donc pas obligés de le nourrir. Mais vous avouerez que ça fait du bien !

 

1. Bon, je reconnais quand même que pour A42, tu n’as pas totalement tort. 1/3 c’est déjà pas mal, mais ta liste est incomplète…


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